Les Khmers rouges


un délire national-maoïste qui a tourné à l'hystérie meurtrière, puis au pillage des ressources du Cambodge.


Jérôme ROUER, dec 1996, juin, septembre 97

Lire, entre autres, les extraits joints des livres suivants :

"Cambodge année zéro" de François PONCHAUD
"Prisonnier des Khmers Rouges" de Norodom SIHANOUK.
"L'utopie meurtrière" de Pin YATHAY.
"Une odyssée cambodgienne" de Haing Ngnor.
"Cambodge ou la politique sans les Cambodgiens" de VANDY Kaonn
"Les pierres crieront..."
" La République khmère" de ROS Chantrabot
"Le Petit Livre rouge de Pol Pot" de Henri Locard
"Les frères ennemis" de Nayan Chanda,
"Cambodge,la révolution de la forêt" de François Debré.
"Le génocide khmer rouge" de Marek Sliwinski.

Lire aussi :
Des causes de la révolution khmère rouge
Analyse des thèses universitaires de Hou Yuon et de Khieu Samphan
Tuol Sleng
De la soumission, valeur asiatique
Du rôle de la Chine
Pol Pot

Consulter: http://www.yale.edu/cgp , la toile sur le génocide khmer rouge.


"Les maisons et les villes seront vidées ; (...) Les aliénés et les ignares prendront le pouvoir et asserviront les savants. Ce sera une ére sans religion, sans bouddhisme. Les thmeuls (les barbares athées) auront un pouvoir absolu et persécuteront les croyants (...) Seuls, les sourds-muets survivront".
Prophétie tirée du Puth Tomniey, genre de Nostradamus khmer que l'on date du 18, retranché derrière l'autorité du Bouddha.
Ce recueil aurait aussi annoncé l'arrivée de l'UNTAC ("les éléphants bleus") et le coup du 5 juillet 1997 ("des dirigeants quitteront le pays en moins de temps qu'il faut pour cuire des crevettes"). Il promet un roi jeune et une prochaine catastrophe d'une violence extrême.


L'énoncé des calculs, actes et raisons qui ont amené le phénomène khmer rouge et le font perdurer depuis presque trente ans sont encore un des plus beaux exercices de la langue de bois : trop de gens de tous pays, politiques ou intellectuels, vivants ou morts, ont trempé leurs mains, leur plume ou leur portefeuille dans cette tragédie dont les victimes n'intéressaient personne puisqu'elles n'étaient que des hommes, des femmes et des enfants cambodgiens.

Les vrais réponses n'arriveront que lorsque les archives des Etats-Unis, de la République Française et de la Chine, entre autres, seront tombées dans le domaine public et que des historiens professionnels pourront les étudier...

Mais il est vrai que la révolution khmère rouge, pensée dans les années 1950 à l'abri des universités françaises par des étudiants marxisants subjugués par la Chine de Mao, (Hou Yuon, Khieu Samphan furent de brillants universitaires ) ou des étudiants ratés (Ieng Sary et surtout Pol Pot), a foncé droit au but, implacablement, sans subtilités ni retards inutiles, et sans opposition du monde dit civilisé et démocratique.
Il est à noter que l'ensemble des dirigeants et des cadres khmers rouges étaient des anciens enseignants.


Hô Chi Minh avait fondé "le parti communiste indochinois" le 3 février 1930.
L'idée communiste, jusqu'au moment où le roi Sihanouk en a fait son salut, n'a jamais mobilisé les foules cambodgiennes. Ce n'est qu'à partir de 1960 qu'elle s'imposera chaque année plus fort comme le dernier remède contre les turpitudes que la classe dirigeante cambodgienne étale sans vergogne en place publique.

L'expression "Khmers rouges" est une invention du roi pour désigner les communistes toutes tendances confondues, par opposition à "Khmers blancs" (les royalistes, totalement à bout de souffle et d'idées dès la fin des années 60) et "Khmers bleus" (les républicains, corrompus au-delà de l'imaginable, du simple policier aux plus hauts personnages : Phnom Penh était devenue la ville de tous les trafics, Phnom Penh "la Corrompue", où tout était permis pour faire de l'argent, même vendre des armes et son âme à l'ennemi....)

Historique :

Vingt ans de pouvoir absolu, gagnés à coups de pirouettes politiques et de retournements d'alliance, donnent leur fruit : à partir des années 1970 les Vietnamiens du sud, dans leur acharnement à déloger le Viêt-minh et pour venger quelques massacres antérieurs de leurs compatriotes, ont détruit sans ménagement une grande partie du pays khmer tant sur le plan militaire que sur le plan économique.
Un coup d'état appuyé par les Etats-Unis abolit la monarchie au profit d'une bande d'affairistes sans scrupules ni états d'âme. ("Les officiers de trafiquaient le matériel militaire, ouvraient des banques privées et investissaient massivement dans les achats de riz provenant de l'aide humanitaire qu'ils revendaient à des prix exhorbitants. Grâce à de tels procédés l'inflation atteint les 571 % en 1974" - rapport du FMI, 27/11/1974. )
Les bombardements US sur les repaires possibles des Viêt-minh, toutes les provinces orientales, et une guerre civile menée à l'emporte-pièce par des militaires plus prompts à anéantir qu'à se battre, détruisent les dernières infrastructures matérielles et morales du pays.
Le 17 avril 1975, à la prise de pouvoir par les Khmers rouges, le pays n'est plus qu'une ruine exsangue au point d'être incapable de se nourrir.
Les coupables, ceux qui tenaient les rênes, sont à peu près tous à l'étranger, comptes en banque bien remplis. (Le roi, dans "Prisonnier des Khmers rouges", accuse l'oligarchie du régime républicain de Lon Nol d'avoir été jusqu'à mettre à sac le Palais Royal et voler le Trésor Royal... )

Dès 1971 les communistes, et en particulier la faction Pol Pot, contrôlent les ¾ du territoire. Le 15 avril 1975 ils rentrent sans opposition dans Phnom Penh et prennent le contrôle absolu, anonyme et despotique du pays.
La terreur et l'irresponsabilité meurtrière dureront 44 mois.

Une des très rares photographies de Pol Pot prises dans les années 1980.


En décembre 1978 les Vietnamiens communistes, décidés à éliminer les Khmers rouges qui les titillaient, envahissent militairement le Cambodge et mettent en place un régime communiste à leur botte : la République Populaire du Kampuchéa.
Pour justifier cette "colonisation", ils font connaître au monde, à travers le filtre de leurs services de propagande, les horreurs des Khmers rouges. Cependant régime fantoche, né d'une intervention et d'une invasion étrangère, n'est pas reconnu par la communauté internationale. Il est même combattu par les Etats-Unis et la Chine, suivis de bien d'autres pays, qui, dans un même élan d'intérêts bien compris, aident et arment les Khmers rouges de 1978 jusqu'en 1989 pour les Etats-Unis, jusqu'en Décembre 1991 pour la Chine...
Paroles de Brezinki (Conseiller du Président Carter) :"j'ai encouragé la Chine à soutenir Pol Pot. J'ai encouragé les Thaïs à aider le Kampuchea Démocratique. Le problème était de savoir comment on pouvait aider le peuple cambodgien. Pol Pot était une abomination. Il était hors de question que nous le soutenions, mais la Chine, elle, le pouvait."


1993 : Brochettes de généraux thaïlandais en civil faisant la fête avec le général khmer rouge en charge des mines de Païlin (à gauche)


Fermement adossés à la Thaïlande, au propre comme au figuré, les Khmers rouges s'installent dans une guérilla qui perdure encore en 1996, sept ans après leur défaite militaire. Cette guérilla s'autofinance par un imposant trafic de pierres et de bois précieux avec la Thaïlande et... la complicité active de certains militaires thaïlandais et cambodgiens. ( Les revenus de ce trafic sont estimés à plus d'un milliard de dollars par an ).

En 1996, toujours commandés par Pol Pot, l'homme invisible mais omniprésent, la force armée khmère rouge ne représenterait que quelques centaines de combattants chargés de contrôler les mines de pierres précieuses de Païlin. Cependant de nombreux groupes isolés à travers le pays, paysans affamés, bandits ou militaires en rupture de ban signent leurs rapines et forfaits du sigle Khmer rouge ...


Explications :

En 1973 le parti communiste cambodgien, sous la férule de Saloth Sar alias Pol Pot, chef de la faction qui incarnera les Khmers rouges, deviendra fondamentalement et viscéralement anti-vietnamien. Violemment nationaliste et xénophobe Pol Pot veut chasser le vietnamien, l'ennemi héréditaire présenté comme une menace "pour la survie de la race khmère", des limites de l'ancien territoire khmer. La volonté de nettoyage ethnique est affirmée haut et fort.

Pol Pot va encore plus loin et met en oeuvre une politique de purification de la race khmère, distinguant le "Peuple Ancien", les paysans illettrés et les montagnards sur lesquels il s'appuie, et le "Peuple Nouveau" ou "Gens du 17 avril", à savoir tous les citadins, les fonctionnaires et les propriétaires fonciers, considérés comme totalement irrécupérables ; l'élite cambodgienne, du moins celle qui n'aura pas voulu fuir à l'étranger, et les gens qui les entourent seront effectivement anéantis brutalement, comme un troupeau de (deux ?) millions d'individus mené à l'abattoir.

Considérant l'exemple maoïste comme un exemple à surpasser, Pol Pot veut un passage immédiat, brutal et sans concession au communisme pur et dur : ordre est donc donné de faire table rase du passé et de construire à partir des seules ressources du pays un Kampuchéa nouveau. L'autarcie devient la règle d'or et le seul principe économique.
"Détruis l'ordre ancien, remplace le par l'ordre nouveau", tel est le slogan inlassablement répété.

Le pouvoir politique, détenu dans les faits par les couples Pol Pot et madame, Ieng Sary et madame (en septembre 1996 Ieng Sary affirmera qu'il n'avait eu aucun pouvoir, sur le thème "c'est pas moi, c'est les autres") devient un monstre anonyme, invisible et omniprésent: c'est l'Angkar Leu, l' Organisation dont le seul nom fait trembler car elle a le droit de vie ou de mort sans appel ni justification. "Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien savoir, ne rien comprendre, aimer et obéir à l'Angkar sans poser de questions", telle était la règle pour survivre.
Travail manuel sans répit, nourriture insuffisante, conditions sanitaires déplorables, terreur et exécutions sommaires sont le lot quotidien.

Le grand principes d'action des Khmers rouges, celui qui justifie tous leurs actes, est l'Indépendance-Souveraineté qui sera obtenue par l'indépendance économique fondé sur l'agriculture et principalement la riziculture: "Avec le riz nous pouvons tout avoir : acier, usines, énergie, tracteurs".
Il faut donc augmenter les surfaces rizicoles, défricher sans cesse de nouvelles terres et domestiquer l'eau. Faute de moyens mécaniques, barrages et canaux seront faits à la main, les hommes tireront la charrue et les corps des récalcitrants serviront d'engrais. Le Cambodge est devenu "un vaste chantier, où il n'y a plus ni jour ni nuit, mais où l'on travaille sans cesse, sans craindre la fatigue, dans la joie et l'enthousiasme".
En réalité, la production de riz s'effondrera et la famine, inconnue de temps immémoriaux, s'installera.
Quelques usines sont remises en état par les experts chinois. L'absence de toute main d'oeuvre qualifiée feront qu'elles devront vite être abandonnées...


Quelques slogans des Khmers rouges :


Bilan du Pol Potisme

En matière statistique, et surtout dans l'atroce chiffrage des morts, aucun des chiffres ne repose sur des faits prouvés ou simplement vérifiables; les chiffres annoncés ci-dessous ne sont donc que des estimations que l'on retrouve dans beaucoup d'ouvrages bien qu'aucun ne cite ses sources...

La première guerre civile de 1970-1975, celle qui a précédé la prise de pouvoir de Pol Pot, aurait provoqué, combats anti viet-minh inclus, plus de 600 000 morts et a détruit l'essentiel des infrastructures et équipements. En 1975, routes, écoles, hôpitaux, usines étaient hors d'usage, l'ancien Cambodge avait disparu. Restaient cependant les ressources humaines pour le reconstruire.

La dictature khmère rouge, d'avril 1975 à décembre 1979, consume les forces vives de la nation. 90 % des Cambodgiens ayant suivi des études sont morts ou en exil. Un tiers de la population a péri d'épuisement, de maladies ou d'assassinats. Les survivants, profondément atteints par les privations, les peurs permanentes, l'absence de toute vie sociale, l'acquisition de réflexes de survie, ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. L'âme et le ressort du peuple khmer ont été brisés.
Obnubilé par la riziculture, le régime khmer rouge n'a pas tenté de réparer les destructions de la guerre de 1970-1975 : villes, bâtiments et usines sont restées abandonnés dans l'état pendant quatre ans. Temps largement suffisant pour que le climat tropical détruise ce que n'avait pas détruit la guerre... Des travaux d'irrigation colossaux mais incohérents menés dans tout le pays ont détruit la dernière richesse du Cambodge : son agriculture. Les anciens réseaux d'irrigation ont vu leur équilibre hydraulique rompu ; ils ne sont toujours pas rétablis. Les meilleures terres restent abandonnées compte tenu des milliers de mines qui les couvrent. Le Cambodge n'est plus qu'un corps brisé attendant la mort...

L'invasion vietnamienne (1979-1989), conséquence directe du Pol Potisme, va augmenter le nombre de morts, certains parlent de un million de morts supplémentaires, et transformer le pays en ruine pourrissante : Tous les équipements, voitures, meubles, outillages, jusqu'au huisseries des maisons, seront transportés au Vietnam comme prise de guerre. Seuls les objets intransportables resteront au Cambodge.
En outre, punition ultime, la communauté internationale abandonnera totalement le pays pendant ces dix années d'occupation.

De 1970 à 1993, pendant 23 ans, pas un sou n'a été investi au Cambodge par les démocraties occidentales (Mais Chine, ex-URSS et ses affidés ont beaucoup donné). Ses élites se sont exilées ou ont été massacrées, son peuple a été traumatisé dans sa chair et dans son âme, blessé dans sa fierté, les réalisations économiques de son passé ont été réduites à l'état de vagues souvenirs, ses infrastructures ont été détruites ou laissées à l'abandon, ses équipements ont été volés, ses ressources naturelles ont été pillées par ses deux voisins....

Encore en 1996, les Khmers rouges sont un fléau : ils entretiennent une insécurité permanente à travers le pays soit par des actions de guérilla , essentiellement la pose de mines, soit en servant de prête-nom au banditisme et aux excès de la police et des militaires. Ils servent à justifier une politique de pillage de la forêt, de rançonnage des populations, de collusion avec des intérêts économiques régionaux maffieux qui ont trouvé dans et par le Cambodge en lutte contre les Khmers rouges un moyen imparable de blanchir l'argent et de se refaire une virginité... Les sommes en jeu sont tellement importantes qu'il n'est pas interdit de penser que cette dictature qui se voulait la plus pure qui n'ait jamais existé et qui avait supprimé la monnaie, implosera par l'argent.

Et en effet, en septembre 1996, les rebelles résidant dans la région minière de Païlin, dirigés par Ieng SARY, ex numéro 2 du régime, feront sécession et entameront des pourparlers pour être réintégrés dans la nation et obtiendront une amnistie royale.

En juillet 1997 la signature d'un accord électoral entre le prince Ranariddh et les derniers Khmers rouges purs et durs entraînera une violente réaction du second premier premier ministre et l'exil forcé de Ranariddh et de ses fidéles.
A l'appel de ce dernier, les derniers Khmers rouges joindront alors leurs forces aux derniers combattants royalistes dans un semblant de résistance alimentée par des chefs installés dans des palaces à l'étranger et deux à trois cents combattants qui s'étaient réfugiés au pas de course contre la frontière thaïlandaise...
Dans la foulée, et pour dédouaner le prince, les Khmers rouges avaient organisé un simulacre de procès de Pol Pot, réapparu pour la première fois devant la presse depuis plus de dix ans...